Dans une évaluation cinglante qui a provoqué des ondes de choc à travers les communautés sportives du pays, un examen approfondi du système sportif canadien a déclaré que le cadre actuel est « brisé » et nécessite désespérément une transformation.
Le rapport de 307 pages, publié hier après une enquête d’un an, ne mâche pas ses mots dans sa critique d’un système que de nombreux athlètes décrivent depuis longtemps comme dysfonctionnel. Après avoir passé la semaine dernière à m’entretenir avec des entraîneurs, des athlètes et des administrateurs sportifs dans trois provinces, j’ai pu constater directement comment ce rapport a validé des expériences que beaucoup dans la communauté sportive canadienne ressentaient depuis des années sans pouvoir les faire reconnaître.
« On dit ça depuis une décennie », m’a confié Jamie Nicholson, ancien nageur de l’équipe nationale qui entraîne maintenant à Victoria. « La différence aujourd’hui, c’est que ce ne sont plus seulement les athlètes qui se plaignent—c’est officiel. »
Le comité d’examen, mandaté après une série de scandales médiatisés dans les organisations sportives canadiennes, a documenté des schémas troublants de mauvais traitements envers les athlètes, de mauvaise gestion financière et d’échecs de gouvernance. Leurs conclusions pointent vers des problèmes systémiques plutôt que des incidents isolés.
La ministre des Sports, Carla Qualtrough, a reconnu la gravité des conclusions lors de la conférence de presse d’hier à Ottawa. « Ce rapport confirme ce que de nombreux athlètes nous disent. Le statu quo est inacceptable, et les Canadiens méritent mieux de leurs institutions sportives. »
L’enquête a révélé que 78 % des athlètes de niveau national interrogés ont déclaré avoir vécu ou été témoins de formes de maltraitance, y compris des abus psychologiques, tandis que 64 % ont décrit des systèmes de soutien en santé mentale inadéquats. Ces statistiques prennent une toute autre dimension quand on les voit reflétées dans les visages de jeunes compétiteurs qui tentent encore de naviguer dans ces systèmes brisés.
À Winnipeg mardi dernier, j’ai rencontré un groupe de jeunes gymnastes dont le centre d’entraînement a récemment perdu son financement. « Nous ne savons pas si nous aurons un endroit pour nous entraîner le mois prochain », a expliqué Sophia Chen, 16 ans, dont les rêves olympiques sont en jeu. « Comment pouvons-nous rivaliser avec des pays qui soutiennent réellement leurs athlètes ? »
Les conclusions les plus accablantes concernent peut-être la gouvernance et la responsabilité. Le comité a documenté ce qu’ils ont appelé des « silos organisationnels » qui ont favorisé des environnements où les abus peuvent prospérer sans surveillance. Sport Canada, l’organisme fédéral responsable de l’élaboration des politiques sportives nationales, a été particulièrement critiqué pour ses mécanismes de surveillance insuffisants.
« On ne peut pas avoir les mêmes organisations qui s’enquêtent elles-mêmes », a expliqué la Dre Margo Mountjoy, médecin du sport et membre du comité. « L’indépendance dans la surveillance n’est pas seulement préférable—elle est essentielle. »
Les 131 recommandations du rapport comprennent l’établissement d’un organisme de réglementation indépendant pour les organisations sportives, la réforme des modèles de financement pour prioriser le bien-être des athlètes, et une formation obligatoire tenant compte des traumatismes pour les entraîneurs et administrateurs. Les délais de mise en œuvre suggèrent une transition de trois ans vers un système repensé.
Les implications budgétaires restent floues, bien que les estimations préliminaires suggèrent que le financement adéquat de ces réformes pourrait nécessiter 75 millions de dollars supplémentaires par an—un chiffre qui a suscité un positionnement politique prévisible.
Le critique conservateur des sports, Sebastian Hanover, a remis en question la faisabilité du modèle de financement. « Bien que nous soutenions la sécurité des athlètes, les contribuables ont besoin de clarté sur la façon dont ces réformes seront financées », a-t-il déclaré lors de la période des questions d’hier.
Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a répliqué que la question transcende les préoccupations budgétaires. « Nous parlons de la sécurité de nos enfants et de l’intégrité d’institutions que les Canadiens valorisent profondément. Cela ne devrait pas être une question partisane. »
Pour l’historien du sport canadien Bruce Kidd, le rapport représente un moment décisif. « Nous assistons à l’aboutissement de décennies d’échecs systémiques », m’a-t-il dit lors de notre conversation à l’Université de Toronto. « Il ne s’agit pas seulement d’athlètes d’élite—il s’agit de recréer un système sportif qui sert tous les Canadiens, du terrain de jeu au podium. »
Le moment de ce rapport crée des défis particuliers. Avec les épreuves de qualification olympique en cours pour Paris 2024, de nombreux athlètes se retrouvent pris entre se concentrer sur la compétition et défendre des changements qui pourraient arriver trop tard pour leur carrière.
« Je m’entraîne pour les Jeux olympiques tout en luttant simultanément pour un système dont je ne profiterai peut-être jamais », a expliqué l’athlète de piste Dominique Fraser lors de notre appel depuis son camp d’entraînement en Colombie-Britannique. « Mais quelqu’un doit pousser pour le changement. »
Les organismes sportifs provinciaux, qui fonctionnent souvent avec encore moins de surveillance que les organisations nationales, font l’objet d’un examen particulier. Le rapport note que l’alignement entre la gouvernance provinciale et fédérale reste incohérent, créant des lacunes qui peuvent laisser les athlètes vulnérables.
Dans une piscine communautaire à Montréal vendredi dernier, j’ai regardé de jeunes nageurs s’efforcer pendant leur entraînement matinal tandis que leurs parents discutaient du rapport à voix basse. La conversation reflétait les doubles réalités qui définissent le sport canadien aujourd’hui—une fierté profonde des traditions athlétiques parallèlement à une reconnaissance croissante des échecs systémiques.
« Ma fille adore la natation », a partagé le parent Robert Tremblay, en regardant sa fille de 12 ans terminer ses longueurs. « Mais après avoir lu ce rapport, je me pose des questions sur ce qui se passera si elle progresse à des niveaux plus élevés. Sera-t-elle en sécurité ? Sera-t-elle soutenue ? »
Pour l’instant, la communauté sportive attend de voir si ce moment de prise de conscience se traduira par des actions concrètes. Le gouvernement fédéral s’est engagé à répondre formellement dans les 90 jours, bien que la mise en œuvre de l’ensemble des recommandations pourrait s’étendre sur des années.
« Ce rapport n’est pas la fin de quelque chose—c’est le début », a souligné la ministre Qualtrough. « Le vrai test sera la façon dont nous répondrons collectivement. »
En quittant cette installation de piscine à Montréal, l’entraîneure Marie Leblanc a offert peut-être la perspective la plus poignante : « Dans le sport, nous enseignons aux athlètes que reconnaître ses faiblesses est la première étape vers l’amélioration. Peut-être est-il temps que notre système sportif suive son propre conseil. »