Lorsque votre facture d’épicerie semble défier la gravité mois après mois, ce n’est pas seulement un sujet de discussion à table—c’est un signe avant-coureur de courants économiques plus larges. Ces étiquettes de prix à la caisse racontent une histoire qui se reflète maintenant dans les derniers chiffres du PIB du Canada, qui montrent que l’économie a pris une plongée surprenante au deuxième trimestre de 2024.
Le dernier rapport de Statistique Canada révèle une contraction de 0,5 % pour la période d’avril à juin (annualisée à 1,9 %), prenant au dépourvu de nombreux prévisionnistes qui avaient prédit une croissance modeste. Cela marque le premier recul trimestriel depuis début 2023 et représente un revirement brutal par rapport à l’expansion de 2,1 % au premier trimestre.
« Nous observons la convergence de plusieurs vents contraires, » explique Avery Chen, économiste en chef chez Northbound Securities. « Les effets prolongés des taux d’intérêt élevés, le refroidissement des marchés immobiliers, et maintenant l’impact des tarifs transfrontaliers créent une tempête parfaite pour les entreprises canadiennes. »
Le moment ne pourrait pas être plus délicat. Alors même que la Banque du Canada entamait son cycle prudent de réduction des taux avec deux modestes baisses, ce faux pas économique augmente les enjeux pour l’équipe du gouverneur Tiff Macklem. La banque centrale doit maintenant naviguer entre la gestion du ralentissement de la croissance et le maintien de la vigilance contre une inflation persistante, qui reste au-dessus de sa cible de 2 % à 2,8 %.
Derrière les chiffres principaux se cache une histoire plus complexe sur l’évolution des relations commerciales du Canada. Les exportations ont chuté de 2,1 % au cours du trimestre, les produits manufacturés subissant le poids des nouveaux tarifs américains sur l’acier et l’aluminium. Ces mesures, initialement imposées sous l’administration américaine précédente et élargies ce printemps, ont eu des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement.
Chez Precision Metalworks à Hamilton, en Ontario, la directrice des opérations Sarah Dalton a constaté l’impact de première main. « Nous avons dû repenser toute notre stratégie transfrontalière, » m’a-t-elle confié lors d’une récente visite de l’usine. « Certains de nos clients ne peuvent pas absorber les coûts supplémentaires, donc nous voyons des commandes reportées ou réduites. » L’entreprise a diminué les heures supplémentaires et suspendu ses plans d’ajout d’une nouvelle ligne de production qui aurait créé 15 emplois.
Le secteur des ressources, traditionnellement l’épine dorsale économique du Canada, a offert peu de soutien pendant ce ralentissement. Les exportations d’énergie ont diminué de 3,2 % dans un contexte de prix pétroliers mondiaux volatils et de goulets d’étranglement dans les transports. Pendant ce temps, les dépenses de consommation—qui représentent environ 60 % de l’activité économique—sont restées essentiellement stables, augmentant de seulement 0,2 % alors que les ménages continuaient à faire face à des coûts de vie élevés et à des frais de service de la dette plus importants.
Ce qui est peut-être le plus préoccupant pour les décideurs politiques est la baisse de 5,8 % des investissements des entreprises, suggérant que les sociétés sont de plus en plus prudentes quant aux perspectives économiques à court terme du Canada. Ce repli comprend des réductions dans les achats de machines et d’équipements ainsi que dans la construction non résidentielle.
« La confiance des entreprises précède généralement celle des consommateurs, » note Maria Rodriguez, stratégiste de portefeuille chez Lakefront Capital. « Quand les entreprises commencent à retenir leurs investissements, cela présage souvent des défis économiques plus larges à venir. »
Tous les secteurs n’ont pas connu de contraction. Les services technologiques ont augmenté de 1,8 %, avec des performances particulièrement fortes dans la cybersécurité et les applications d’intelligence artificielle. Les dépenses de santé ont augmenté de 1,1 %, reflétant à la fois les tendances démographiques du vieillissement et les efforts continus de reprise post-pandémique.
Le tableau provincial montre d’importantes variations régionales. L’Alberta et la Saskatchewan ont démontré une plus grande résilience grâce à la force agricole, tandis que l’Ontario et le Québec, à forte intensité manufacturière, ont subi le poids des pressions commerciales. Les secteurs du tourisme et des services de la Colombie-Britannique ont fourni un certain contrepoids à la faiblesse de son marché immobilier.
Pour l’avenir, les économistes sont divisés sur la question de savoir si cette contraction représente un revers temporaire ou le début d’un ralentissement plus prolongé. Les prévisions consensuelles d’un sondage Reuters auprès des économistes suggèrent que la croissance reviendra au troisième trimestre, mais à un rythme modeste de 1,3 %.
Beaucoup dépend de facteurs externes hors du contrôle du Canada. Les prochaines élections américaines introduisent une incertitude supplémentaire concernant les futures politiques commerciales, tandis que les pressions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales restent imprévisibles alors que les tensions géopolitiques persistent dans plusieurs régions.
Sur le plan intérieur, la prochaine décision de la Banque du Canada prend une importance accrue. Les marchés financiers prévoient maintenant une probabilité de 75 % d’une autre réduction de taux d’un quart de point lors de la réunion d’octobre, contre 60 % avant le rapport sur le PIB. Certains analystes suggèrent même qu’une réduction plus importante d’un demi-point pourrait être justifiée si les données entrantes continuent de montrer une faiblesse économique.
« La banque centrale fait face à un délicat exercice d’équilibre, » explique Chen. « Réduire trop agressivement, et ils risquent de raviver l’inflation. Agir trop prudemment, et ils pourraient approfondir le ralentissement économique. »
Pour les Canadiens ordinaires, la contraction économique se traduit par des conséquences concrètes. La création d’emplois, qui s’était déjà refroidie, pourrait davantage ralentir. La Banque TD prévoit que le taux de chômage pourrait passer de son niveau actuel de 6,4 % à près de 7 % d’ici la fin de l’année. Cela représenterait le niveau le plus élevé depuis 2021, pendant la période de reprise pandémique.
Le marché immobilier, qui a montré des signes timides de stabilisation après la correction de l’année dernière, pourrait faire face à une pression renouvelée si la confiance des consommateurs s’érode davantage. Cependant, des taux d’intérêt plus bas pourraient fournir un certain soutien compensatoire pour les acheteurs potentiels qui ont été mis à l’écart par des défis d’accessibilité.
La ministre des Finances Chrystia Freeland a reconnu les conditions économiques difficiles dans une déclaration suivant la publication du PIB, mais a souligné l’engagement du gouvernement envers des initiatives de croissance à long terme. « Bien que nous observions des vents contraires temporaires, nos forces économiques fondamentales demeurent intactes, » a-t-elle déclaré. « Nos investissements dans l’énergie propre, les minéraux critiques et l’innovation manufacturière positionnent bien le Canada pour l’économie future. »
Les critiques, cependant, remettent en question si les politiques fiscales et réglementaires actuelles soutiennent suffisamment la compétitivité des entreprises. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a récemment rapporté que la confiance des petites entreprises est tombée à son plus bas niveau en six mois, avec les pénuries de main-d’œuvre et les charges fiscales citées comme préoccupations persistantes, parallèlement à l’affaiblissement de la demande.
Alors que l’été cède la place à l’automne, tous les regards seront tournés vers le rapport sur l’emploi de septembre et les données sur les ventes au détail pour des signes indiquant si la contraction du deuxième trimestre n’était qu’une bosse sur la route ou le début d’un chapitre économique plus difficile. Dans tous les cas, l’économie canadienne se trouve à la croisée des chemins, naviguant entre les pressions mondiales et les choix de politique intérieure qui façonneront sa trajectoire dans les mois à venir.
La prochaine fois que vous vérifierez votre reçu d’épicerie ou ferez le plein d’essence, rappelez-vous que ces prix reflètent non seulement ce que vous payez aujourd’hui, mais des courants économiques complexes qui façonnent en fin de compte notre prospérité collective de demain.