Alors que des milliers de personnes fuient les feux de forêt du nord du Manitoba, les districts scolaires de toute la province se mobilisent pour accueillir les élèves évacués dans leurs salles de classe. C’est un défi logistique qui s’inscrit dans une histoire humaine – une histoire qui révèle à la fois la résilience des communautés et l’adaptabilité de notre système éducatif.
« Nous sommes prêts à recevoir ces élèves à bras ouverts », déclare Wendy Bloomfield, directrice générale de la Division scolaire de Seine River. Depuis son bureau à Lorette, elle explique comment son équipe a préparé des plans d’intégration d’urgence pour potentiellement des dizaines de nouveaux élèves. « Ces enfants ont vécu un traumatisme. Notre première priorité est de créer un sentiment de sécurité et de normalité. »
Le gouvernement du Manitoba rapporte que plus de 4 000 évacués ont été relocalisés des communautés nordiques touchées au cours de la dernière semaine. Parmi eux, les responsables de l’éducation estiment que 600 à 800 enfants d’âge scolaire se retrouvent temporairement relocalisés dans des communautés qui leur sont étrangères alors que l’année scolaire progresse.
À l’École Varennes à Winnipeg, la directrice Maria Santos me montre une salle de classe où des enseignants bénévoles ont préparé des trousses d’accueil. Chaque pupitre a une étiquette nominative, des fournitures scolaires de base et un petit toutou – une attention particulière pour les plus jeunes élèves.
« Nous avons appris des évacuations précédentes que les enfants ont besoin à la fois d’un soutien académique et d’un accompagnement émotionnel », explique Santos. « Nos intervenants de soutien aux élèves autochtones sont particulièrement précieux pour aider ces élèves à se sentir connectés. »
La Société des enseignants du Manitoba a activé son réseau d’intervention d’urgence, mettant en relation les éducateurs déplacés avec les écoles locales pour maintenir une certaine continuité pour les élèves évacués. Cette approche, développée initialement lors des évacuations de 2019, aide les enfants à voir des visages familiers dans des environnements inconnus.
Pour Jayden, 14 ans, originaire de la Première Nation de Pauingassi, actuellement hébergé dans un hôtel de Winnipeg avec sa famille, l’incertitude pèse lourd. « Mes amis et mes professeurs me manquent », me confie-t-il pendant que sa mère remplit les documents d’inscription dans une école voisine. « Mais tout le monde ici a été gentil. »
Le ministère de l’Éducation de la province a simplifié le processus d’inscription d’urgence, permettant aux familles d’inscrire leurs enfants sans les exigences habituelles en matière de documentation. Les écoles reçoivent 250 $ par élève évacué pour couvrir les fournitures immédiates et les services de soutien grâce à un fonds de prévoyance spécial approuvé l’année dernière.
« Nous avons tiré des leçons des évacuations passées », affirme Charlotte Wilson, sous-ministre de l’Éducation. « Nos écoles disposent maintenant de protocoles qui peuvent être activés rapidement lorsque des communautés sont déplacées. »
Ces protocoles comprennent une formation à la sensibilité culturelle pour les écoles d’accueil et des pratiques d’enseignement tenant compte des traumatismes. Wilson note que de nombreux élèves du nord viennent de communautés où les langues autochtones sont parlées quotidiennement, créant des défis supplémentaires dans les salles de classe principalement anglophones ou francophones.
La situation des feux de forêt au Manitoba reste volatile, les responsables des mesures d’urgence provinciales signalant treize communautés sous ordre d’évacuation. Le Service des feux de forêt du Manitoba confirme que les conditions météorologiques ont entravé les efforts de lutte contre les incendies dans toute la région nord.
Pour les familles, l’incertitude va au-delà des préoccupations immédiates de sécurité. « Nous ne savons pas si nous serons de retour chez nous dans deux semaines ou dans deux mois », déclare Karen Monias, mère de trois enfants de la Première Nation de Garden Hill. « Je crains que mes enfants ne prennent du retard. »
Pour répondre à ces préoccupations, les écoles mettent en œuvre des évaluations académiques flexibles pour les élèves évacués. Plutôt que d’attendre d’eux qu’ils s’intègrent immédiatement dans le programme standard, les enseignants effectuent des évaluations d’apprentissage individuelles et créent des plans éducatifs adaptés.
L’Association des commissions scolaires du Manitoba a également coordonné des soutiens technologiques, garantissant aux élèves évacués l’accès aux ressources d’apprentissage numériques. Plusieurs entreprises de télécommunications ont fait don de tablettes et de points d’accès Internet aux centres d’évacuation.
« La continuité de l’éducation pendant les situations de crise nécessite une réponse communautaire », explique Patricia Burgoyne, présidente de l’Association des directeurs généraux du Manitoba. « Nous assistons à une collaboration incroyable entre les divisions, les organismes communautaires et tous les niveaux de gouvernement. »
Cette collaboration s’étend aux services de santé mentale. Des psychologues pour enfants du Centre d’information et d’éducation sur les traumatismes du Manitoba se sont portés volontaires pour guider les enseignants qui accueillent des élèves évacués. Leurs recommandations se concentrent sur la création de routines prévisibles et d’opportunités pour les enfants de traiter leurs expériences par l’art et la narration.
À l’école Sergeant Tommy Prince de Winnipeg, Michael Esquash, intervenant de soutien culturel, explique comment les pratiques traditionnelles aident les élèves déplacés. « Nous avons mis en place une cérémonie matinale de purification par la fumée pour les élèves qui souhaitent y participer. Ces points de contact culturels offrent du réconfort dans des environnements inconnus. »
Les expériences antérieures de la province en matière d’évacuations – notamment les inondations de la rivière Assiniboine en 2011 et l’interruption de la ligne ferroviaire de Churchill en 2017 – ont orienté les efforts d’intervention actuels. Les dossiers du ministère de l’Éducation du Manitoba montrent que les élèves qui ont reçu un soutien complet pendant ces déplacements ont maintenu de meilleurs résultats scolaires que ceux qui n’en ont pas bénéficié.
Alors que les communautés se préparent à des déplacements potentiellement prolongés, les responsables de l’éducation soulignent que la flexibilité sera essentielle. Certaines écoles créent des systèmes de jumelage associant des élèves locaux avec des nouveaux venus, tandis que d’autres organisent des activités d’échange culturel qui profitent à tous.
« Dans les crises, nous découvrons souvent nos plus grandes forces », réfléchit la directrice générale Bloomfield. « Ces élèves apportent leurs propres connaissances et perspectives qui enrichissent nos écoles, même si nous les aidons à traverser une période difficile. »
Pour le jeune Jayden, cette perspective offre un certain réconfort alors qu’il se prépare à entrer dans une nouvelle salle de classe demain. « Ma mère dit que nous sommes en sécurité ici, et que je peux continuer à apprendre », dit-il. « Je suppose que c’est ce qui compte le plus en ce moment. »