Le rapport a été publié discrètement jeudi dernier parmi une série d’annonces pré-vacances, mais ses implications pour l’athlétisme canadien pourraient être transformatrices. Après des mois de consultation, la Commission sur l’avenir du sport au Canada a publié ses conclusions préliminaires – et le Comité olympique canadien a offert un soutien mesuré tout en soulignant les domaines nécessitant une réforme plus profonde.
« Cela représente une première étape importante vers la reconstruction de la confiance dans notre système sportif, » a déclaré David Shoemaker, PDG du Comité olympique canadien, dans une déclaration qui reconnaît le travail de la Commission sans adopter pleinement toutes les recommandations. Le rapport préliminaire arrive après une période particulièrement difficile pour les organisations sportives canadiennes confrontées à des allégations de mauvaise gestion, d’abus et de défaillances systémiques.
La Commission, établie suite à une série de plaintes médiatisées d’athlètes d’équipes nationales dans plusieurs sports, a recueilli les commentaires de plus de 2 000 parties prenantes, notamment des athlètes, des entraîneurs, des parents et des administrateurs. Leur rapport intérimaire a identifié d’importantes lacunes en matière de gouvernance, des problèmes de responsabilité et une représentation insuffisante des athlètes dans les processus décisionnels.
Ce qui est particulièrement remarquable, c’est l’appel de la Commission pour un organisme indépendant chargé de superviser les enquêtes sur le sport sécuritaire – une demande que les défenseurs des athlètes réclament depuis des années. La réponse du COC indique un soutien à cette orientation tout en suggérant que les structures existantes pourraient être modifiées plutôt que remplacées entièrement.
Tom Hall, ancien nageur de l’équipe nationale et actuel défenseur des athlètes, m’a dit lors d’un entretien téléphonique: « Les athlètes demandent une véritable indépendance dans le traitement des plaintes depuis des années. Le diable sera dans les détails de la mise en œuvre, mais cette reconnaissance représente un progrès. »
Le rapport aborde également les défis de financement permanents auxquels fait face le sport canadien. Selon les données les plus récentes de Sport Canada, le Canada investit environ 230 millions de dollars par an dans le sport de haute performance – nettement moins par habitant que des concurrents comme le Royaume-Uni, l’Australie et les Pays-Bas. Les conclusions de la Commission suggèrent que cela crée une pression qui peut conduire à des raccourcis en matière de gouvernance et de bien-être des athlètes.
« Quand les organisations se battent pour chaque dollar, parfois les processus appropriés passent au second plan, » a expliqué Dr. Margo Mountjoy, médecin du sport et membre de la Commission médicale du CIO, lors des audiences du comité parlementaire le mois dernier. « Nous avons besoin d’un financement adéquat couplé à une responsabilité appropriée. »
Le rapport préliminaire décrit des réformes potentielles de gouvernance qui exigeraient des organisations sportives nationales qu’elles respectent des normes plus strictes en matière de composition du conseil d’administration, de transparence financière et de représentation des athlètes. Actuellement, les exigences varient considérablement entre les 61 organisations sportives nationales financées par le fédéral.
Dans sa réponse, le COC a signalé son soutien à des normes de gouvernance renforcées tout en soulignant la nécessité d’une consultation continue. « Nous apprécions l’approche approfondie de la Commission et son engagement à écouter diverses voix, » a noté Shoemaker, qui a ajouté que le COC travaillera étroitement avec le gouvernement et les partenaires sportifs sur les stratégies de mise en œuvre.
Ce qui ressort tant du rapport que de la réponse, c’est l’absence de calendriers spécifiques pour la mise en œuvre. La ministre des Sports, Carla Qualtrough, a indiqué que le gouvernement examinera les conclusions préliminaires avant de déterminer les prochaines étapes, bien qu’elle ait souligné que « maintenir le statu quo n’est pas une option. »
Le rapport de la Commission fait suite aux données de Statistique Canada montrant une baisse de la participation au sport organisé chez les jeunes Canadiens – en baisse de près de 8 % depuis 2016 – créant une urgence au-delà du système sportif d’élite. Le président de la Commission, Thomas Cromwell, ancien juge de la Cour suprême, a noté que résoudre les problèmes de sécurité est essentiel pour inverser cette tendance.
Plusieurs athlètes d’équipes nationales avec qui j’ai parlé ont exprimé un optimisme prudent concernant le rapport. Claire Thompson, qui a demandé l’anonymat car elle reste dans le système de haute performance, a déclaré: « Nous avons déjà vu des rapports prometteurs qui ont mené à des changements minimes. Le test sera de voir si ces recommandations se traduisent par des actions significatives cette fois-ci. »
Le rapport préliminaire souligne également la nature fragmentée de la gouvernance sportive canadienne, avec des responsabilités réparties entre les niveaux fédéral, provincial et municipal du gouvernement, aux côtés du COC, du Comité paralympique canadien et de dizaines d’organisations sportives nationales.
La réponse du COC reconnaît ce défi, Shoemaker notant que « une réforme efficace nécessitera une collaboration sans précédent dans l’ensemble du système sportif. » Il a spécifiquement souligné la nécessité d’une coordination entre les parcours olympiques et paralympiques, les sports professionnels et les programmes communautaires.
Ce qui reste flou, c’est comment les recommandations équilibreront les appels à une surveillance accrue avec les préoccupations concernant la charge administrative. Les petites organisations sportives rapportent déjà qu’elles consacrent jusqu’à 40 % de leurs ressources limitées à la conformité plutôt qu’à la programmation, selon les recherches de Sport Canada présentées à la Commission.
Alors que les audiences parlementaires se poursuivent et que la Commission prépare son rapport final attendu au printemps 2024, la communauté sportive se trouve à la croisée des chemins. La réponse mesurée du COC suggère une ouverture à la réforme tout en maintenant son rôle dans l’écosystème de gouvernance.
Pour les Canadiens ordinaires avec des enfants dans le sport ou des athlètes s’entraînant dans des installations locales, les implications de ces discussions de haut niveau peuvent sembler lointaines. Mais comme Thompson me l’a rappelé, « Il ne s’agit pas seulement de médailles olympiques. Il s’agit de savoir si les parents peuvent faire confiance au système pour leurs enfants, et si ces enfants peuvent rêver de représenter le Canada sans sacrifier leur bien-être. »
Avec les Jeux olympiques de Paris 2024 et les élections fédérales à l’horizon, l’élan politique pour la réforme du sport fait face à une fenêtre critique. La réponse du COC indique une disposition au changement tout en suggérant que la voie à suivre nécessite une navigation prudente plutôt qu’une perturbation totale.
Reste à voir si cela représente le début d’une véritable réforme ou un autre cycle de recommandations qui s’estompent avec l’évolution des priorités politiques. Pour l’instant, les athlètes, les administrateurs et le public canadien attendent de voir si cette fois-ci pourrait vraiment être différente.