Les vents du changement soufflent sur le paysage réglementaire financier du Canada d’une manière qui pourrait fondamentalement transformer l’accès des entreprises au capital. Hier, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) a annoncé ce que beaucoup dans la communauté financière qualifient de pivot politique significatif – l’assouplissement de certaines exigences en matière de capital imposées aux grandes banques pour stimuler les prêts aux entreprises.
« Nous prenons des mesures calculées pour éliminer les frictions inutiles du système, » a déclaré Peter Routledge, surintendant du BSIF, lors de la conférence de presse d’hier. « Notre objectif est de maintenir de solides protections tout en permettant aux institutions financières de mieux soutenir la croissance économique. »
Cette annonce arrive à un moment critique. Après cinq trimestres consécutifs d’investissements commerciaux modérés à travers le Canada, les décideurs politiques semblent de plus en plus préoccupés par les répercussions sur l’économie. Les changements réglementaires ciblent spécifiquement la façon dont les banques calculent les actifs pondérés en fonction des risques pour certaines catégories de prêts commerciaux – réduisant essentiellement le montant de capital que les banques doivent conserver contre ces activités de prêt.
Les analystes de Bay Street avec qui j’ai parlé au cours des dernières 24 heures ont largement salué cette décision. « Ce n’est pas de la déréglementation – c’est un calibrage, » a expliqué Sophia Chen, analyste bancaire en chef chez RBC Marchés des Capitaux. « Le BSIF reconnaît enfin que le pendule est peut-être allé trop loin vers la restriction après la pandémie. »
Les changements affecteront la façon dont les « six grandes » banques canadiennes – RBC, TD, Banque Scotia, BMO, CIBC et Banque Nationale – accordent du crédit aux petites et moyennes entreprises (PME). Selon la séance d’information technique du BSIF, la banque moyenne pourrait voir ses exigences de capital pour les prêts aux entreprises admissibles diminuer d’environ 15 à 20%, libérant potentiellement des milliards en capacité de prêt.
Pour contextualiser, l’environnement canadien de prêts aux entreprises a considérablement pris du retard par rapport aux principaux concurrents. Les données de Statistique Canada montrent que les emprunts des entreprises n’ont augmenté que de 1,7% l’an dernier, contre 4,3% aux États-Unis. Les propriétaires de petites entreprises citent régulièrement les contraintes de financement comme un obstacle majeur à l’expansion.
« J’ai essayé trois fois d’obtenir du capital pour de nouveaux équipements, » a déclaré Sameer Patel, fabricant basé à Markham, qui emploie 32 personnes dans son entreprise de pièces de précision. « Chaque fois, les conditions étaient prohibitives, malgré mes 12 ans d’expérience. Le système ne fonctionne pas pour les entreprises comme la mienne. »
La réinitialisation réglementaire vise précisément à résoudre ces défis. Les modifications comprennent des pondérations de risque recalibrées pour les prêts performants aux PME, une reconnaissance élargie des types de garanties et des formules révisées pour calculer les ratios d’adéquation des fonds propres spécifiquement pour les portefeuilles de prêts aux entreprises.
Cependant, ces changements ne sont pas sans controverse. Plusieurs groupes de défense des consommateurs ont soulevé des préoccupations concernant les problèmes potentiels de stabilité financière. « Nous comprenons le désir de stimuler la croissance, mais nous sortons à peine d’une crise financière mondiale, » a noté Isabelle Duchesne de Surveillance des consommateurs financiers. « L’assouplissement des exigences en matière de capital devrait être abordé avec une extrême prudence. »
Les responsables du BSIF ont contré ces préoccupations en soulignant la nature ciblée des changements. « Il ne s’agit pas d’une réduction générale du capital, » a souligné la surintendante adjointe Carol Brigham. « Nous avons spécifiquement conçu ces ajustements pour bénéficier aux prêts commerciaux productifs tout en maintenant des garanties appropriées dans l’ensemble du système. »
Ce changement de politique marque une rupture avec le resserrement réglementaire coordonné à l’échelle mondiale qui a suivi la crise financière de 2008. Bien que la plupart des économies occidentales aient mis en œuvre les normes de Bâle III pour augmenter les exigences en matière de fonds propres bancaires, de nombreuses juridictions ont récemment commencé à affiner ces cadres. Le Canada semble rejoindre cette tendance, bien que les responsables du BSIF soulignent qu’ils restent déterminés à maintenir de solides protections globales.
Les détails techniques révèlent un calibrage minutieux. Pour les prêts aux entreprises dont les revenus sont inférieurs à 5 millions de dollars, les exigences en matière de capital diminueront d’environ 22%, tandis que les entreprises de taille moyenne avec des revenus entre 5 et 50 millions de dollars verront une réduction de 17%. Les prêts aux grandes entreprises connaîtront des changements plus modestes.
Ce qui rend ce changement réglementaire particulièrement remarquable est son timing. Il survient au milieu de préoccupations croissantes concernant l’écart de productivité du Canada par rapport à ses pairs. Statistique Canada a récemment rapporté que la productivité du travail a en fait diminué pendant trois trimestres consécutifs – une tendance inquiétante pour une nation confrontée à des vents contraires démographiques et à une concurrence mondiale intense.
« On ne peut pas résoudre une crise de productivité sans investissement en capital, » a expliqué l’économiste Priya Sharma de l’Institut C.D. Howe. « Et on ne peut pas avoir un investissement en capital robuste sans canaux de financement fonctionnels. Ces changements réglementaires pourraient aider à résoudre un goulot d’étranglement critique dans le moteur économique du Canada. »
La réaction du secteur bancaire a été prévisiblement positive. « Ce recalibrage maintient des normes prudentes tout en reconnaissant les défis réels auxquels les entreprises font face, » a déclaré Michel Lalonde, PDG de l’Association des banquiers canadiens. « Nous nous attendons à ce que cela se traduise directement par un meilleur accès au capital pour des milliers d’entreprises en croissance. »
La mise en œuvre sera progressive, les premiers changements prenant effet en mars 2026, suivis d’une mise en œuvre complète d’ici la fin de l’année. Le BSIF prévoit d’évaluer les impacts trimestriellement et d’apporter des ajustements si nécessaire.
Pour des entrepreneurs comme Dana Kim, restauratrice torontoise qui espère ouvrir un deuxième établissement depuis près de trois ans, ces changements offrent une lueur d’espoir. « Les banques me répètent qu’elles adorent mon modèle d’affaires mais ne peuvent pas faire fonctionner les chiffres selon leurs directives internes, » m’a-t-elle confié. « Peut-être que ce changement modifiera enfin ce calcul. »
La vraie question demeure : les banques déploieront-elles réellement leur capital nouvellement disponible vers des prêts commerciaux productifs, ou continueront-elles à privilégier des actifs plus sûrs comme les prêts hypothécaires résidentiels? Les responsables du BSIF ont reconnu cette préoccupation mais ont souligné que la structure réglementaire peut seulement créer des conditions – les forces du marché déterminent ultimement les flux de capitaux.
Alors que le Canada navigue dans des vents économiques contraires, de l’inflation persistante aux défis d’accessibilité au logement, ce pivot réglementaire représente une tentative importante pour aborder des problèmes structurels plus profonds. En ciblant spécifiquement les frictions liées aux prêts commerciaux, les décideurs politiques signalent leur reconnaissance que la prospérité à long terme nécessite plus que la gestion du marché immobilier.
Pour une nation qui a vu ses classements en matière d’innovation et de productivité décliner régulièrement par rapport à ses pairs, les enjeux ne pourraient être plus élevés. Reste à voir si ces ajustements réglementaires orienteront significativement le capital vers l’entreprise productive, mais ils représentent une évolution notable dans l’approche du Canada en matière de réglementation financière – une approche qui reconnaît l’équilibre délicat entre stabilité et croissance que toutes les économies modernes doivent naviguer.